La Foire de Bruxelles renoue avec les 70000 visiteurs

25 February 2018 admin2632 0
La manifestation qui s’est tenue du 22 au 25 février dans la capitale belge a réussi, avec une journée en moins que les années passées, a atteindre le très haut niveau de fréquentation de 2016. Une performance qui s’est retrouvée sur les ventes.

Plongée dans les dessous des overdoses parisiennes

25 February 2018 admin2632 0

Ils sont une vingtaine à Paris. Une vingtaine de personnes à mourir d’overdoses. Pour les familles, ce sont des proches malades n’ayant pas réussi à surmonter une addiction qui leur a coûté la vie. Pour tout le reste, ce sont bien souvent des coupables. Coupables de s’être drogués ou de n’avoir pas su le faire. Coupables d’avoir pris une substance interdite et d’en être mort.

Mais pour l’unité Surdose du 36, Quai des Orfèvres, ces morts “acquièrent un troisième titre”, écrit Alexandre Kauffmann. Ce sont des victimes. Pas de la drogue, mais bien des dealers qui la leur ont vendue. A ce titre, ces derniers doivent être poursuivis pour homicide involontaire.

Un polar où tout est vrai

Avec Surdose, son septième bouquin, Alexandre Kauffmann plonge le lecteur avec brio dans le quotidien de cette unité éponyme. Un groupe de policiers, méconnu du grand public, qui, rattaché au stups, enquête sur les morts par overdoses en remontant jusqu’au vendeur de la drogue accusé d’homicide involontaire. Une vingtaine de morts par an par overdose à Paris, environ 80 % de résolution.

Un polar ? De la première à la dernière page, on le jurerait. Pourtant tout est vrai. Pendant un an, Alexandre Kauffmann, reporter freelance, a suivi cette unité particulière. Il emmène à ses côté le lecteur dans les découvertes de corps, les surveillances, les perquisitions et les flag’. On le lit en retenant son souffle et on le referme secoué. Car, encore une fois, tout est vrai.

Trois morts par overdose

Dès l’entame de l’ouvrage, on part sur les hauteurs de Belleville, dans un Paris nocturne, figé par la violence d’une overdose. La découverte d’un corps à genoux y est détaillée précisément. De l’odeur qui flotte dans la pièce aux breloques qui recouvrent la table de nuit de la victime.

Dans Surdose, on suit trois morts dues à la drogues. L’une au 3-MMC, substance de synthèse très prisée du milieu gay, l’autre à la cocaïne et la dernière à la MDMA, le principe actif de l’extasy.

Au cours de ces enquêtes haletantes, détaillées au scalpel par Alexandre Kauffmann, on s’attache aux policiers du groupe Surdose, dépeints tendrement par l’auteur. On apprend à connaitre “Le Doyen”, un vieux briscard des stups et Mika-le-Chimiste, enquêteur passionné par les drogues. On fait des surveillances avec Floriane, dit “Chat Noir” qui, dès qu’elle est de perm’ hérite d’une OD, et de la jeune Emilie, “Front Kick”, “le genre à saluer les collègues” en les assénant une esquisse de ce coup de pied à la tête. Il y aussi “Fab-le-Bélier”, le Réunionnais qui rêve de rentrer sur son île natale, rodé à tout ce que Paris connait de toxicos.

Impératif sociétal et dealer en bracelet électronique

Mais l’empathie d’Alexandre Kauffmann n’est pas réservée qu’aux “gentils”. L’écrivain réussit à garder un contact tout particulier avec les drogués comme avec les dealers.

Côté toxicos, on est loin des fantômes cadavériques du métro Stalingrad ou du Paris des années 1990. Ceux qui meurent sous les coups de seringues, de parachutes de MD ou de rails de coke sont désormais dentistes, journalistes, informaticiens ou étudiants. Ce qui fait dire à Kauffmann que “la majorité des “victimes” se plient aujourd’hui à l’impératif de la vie en société.”

Nul n’est à l’abri d’un faiblesse intime, d’un dysfonctionnement passager mais fatal ou tout simplement d’une fête qui dérape. Au contact du professeur Megarbane, chef du service de réanimation médicale et de toxicologie de Lariboisière (Paris Nord), on y apprend d’ailleurs que l’overdose est abus de langage. Seule une surdose d’opioïdes conduit réellement à une mort. Pour tout le reste, “une faible quantité peut suffire à provoquer le décès”. Le professeur se rappelle avoir vu “un homme survivre à l’indigestion d’une cinquantaine de pilules d’ecstasy et un autre mourir pour en avoir avalé un seule”.

“Ça aurait pu être moi”

Ces enquêtes emmènent également le lecteur à la rencontre de dealers aux profils variés. Du gérant d’un “cocaïne call center” de Sevran (Seine-Saint-Denis) au revendeur-consommateur parisien qui tente de boucler ses fins de mois et payer sa dose en passant (simple “tocard” dans le jargon, c’est à dire, un vendeur sans envergure, qui deale pour lui). On y croise également Amigo, un dealer de coke “fatigué” en bracelet électronique… qui rentre à Fresne tous les soirs.

Proche de ses personnages (en chair et en os), Alexandre Kauffmann s’identifie à eux par moment. Il ressort de ce livre une dimension cathartique. L’auteur parle ainsi de sa jeunesse décousue, rythmée par des trous noirs consécutifs aux longues beuveries. Il parle des bagarres de rues, des garde-à-vues et des comparutions immédiates qui s’en sont suivies. A chaque victime, à chaque dealer, on croirait distinguer entre les lignes de description, comme un souffle d’Alexandre Kauffmann : “Ça aurait pu être moi”.

Making-off en filigrane

Sur la forme, ce livre est une prouesse journalistique. Constamment, la vie de l’auteur est entremêlée à son reportage. Comme un aller-retour bienvenu entre l’enquête et celui qui la fait, entre la scène et les coulisses.

Pas de journalisme gonzo, plutôt une sorte de making-off filé tout au long des lignes. Outre qu’il se livre intimement, le journaliste montre construction et cheminement, à la fois sa pensée et de son reportage. On tremble ainsi à ses côtés lorsqu’il accompagne les policiers dans un bar à chicha qui accueille un dealer pour recueillir des informations. Alors qu’il y est assis incognito avec les flics, et que le dealer et ses copains jouent au Loup-Garou, on lui tapote dans le dos : c’est le dealer en question ! “Excusez-moi monsieur, on manque de joueurs, ça vous dit de faire une partie avec nous ?” Scène surréaliste au beau milieu d’une enquête bien réelle.

Pareil lorsque, un brin fanfaron, il raconte l’anecdote du Loup-Garou, lors d’un vernissage chez un ami. Sauf que dans l’assemblée, un convive l’arrête et s’interroge. “Le bar à chicha près de Beaudottes, c’est pas celui de Mounir ?” Le type connait le bar sous surveillance de l’unité où Alexandre Kauffman est en immersion. S’en suit la peur panique d’avoir tout fait foirer. “Divulguer les secrets d’une enquête confidentielle, n’est-ce pas gravissime ?”, se demande l’auteur.

“L’addiction est à l’origine de la vie”

A travers son bouquin, de façon sous-jacente, Alexandre Kauffmann questionne sur le tout répressif des drogues. Il interroge les faibles résultats de la France par rapport à un pays comme la Hollande qui a choisi légalisation du cannabis et tolérance des drogues durs et dont le nombre de consommateurs est en baisse.

L’homme qui, on l’a compris, a eu un temps un problème de bouteille, écrit que “L’addiction est à l’origine de la vie. Et pour plusieurs milliers de personnes, de son terme.” Il faudrait donc, selon lui, l’accompagner médicalement plutôt que de l’interdire. En vain.

Surdose, de Alexandre Kauffmann, Editions Goutte d’Or, 288 pages., 17 €.


Comment l’héroïne, drogue la plus meurtrière, a-t-elle séduit toutes les époques et milieux sociaux ?

25 February 2018 admin2632 0

Elle fascine autant qu’elle effraie, est indéfendable car étroitement reliée à la mort. Pourtant, depuis les années 70 jusqu’à nos jours, elle a été un fléau inarrêtable qui a rongé toutes les époques, tous les milieux sociaux et tous les âges. Comment l’héroïne a-t-elle séduit toutes les générations malgré son caractère destructeur ? Comment a-t-elle infiltré toutes les strates de la société ?

C’est la question à laquelle plusieurs anthropologues, sociologues et démographes spécialistes des toxicomanies se sont attelés, parmi lesquels Anne Coppel, aussi fondatrice de l’Association française de réduction des risques ou Michel Kokoreff, auteur et chercheur au CRESPPA (Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris). Différents regards et spécialités mêlés dans un recueil baptisé La catastrophe invisible et publié ce mois-ci (Editions Amsterdam). Cette enquête au long cours s’attache à saisir comment les drogués ont changé la société, mais aussi ce que la société a eu comme impact sur leurs vies. Pour la réaliser, l’équipe a choisi de s’éloigner des représentants de la justice et de la santé dont les témoignages et la vision sont souvent biaisés. La catastrophe invisible s’est adressée en premier lieu aux principaux concernés : consommateurs, revendeurs et trafiquants.

Jimi Hendrix, Sid Vicious, Janis Joplin, la fête, les voyages, la liberté… Depuis le début de sa commercialisation, l’héroïne a charrié son lot de figures mythiques. Sa consommation, selon les décennies, a renvoyé à des personnages cultes, des mouvements de pensée, des modes de vies. Au gré d’une chronologie minutieuse, les auteurs racontent comment, dans les années 60 et 70 elle s’inscrit dans une démarche révolutionnaire. Sa consommation est poussée par une mouvance contre culturelle, alimentée par la musique principalement, une volonté de changer la marche du monde et les yeux avec lesquels on le regarde.

Plus tard, à cet “anarchisme esthétisant“, succédera la quête du plaisir immédiat. C’est l’époque du Palace et des Bains Douches qui est contée : la danse, l’extravagance, la création, le mélange des genres et des couleurs. Une extase de courte durée. La recherche de sens et d’émotion dans la consommation d’héroïne va decrescendo. Dans les années 90, la défonce devient un moyen d’automédication à la détresse d’une jeunesse en mal de reconnaissance sociale. Anesthésiante, “la blanche” plonge dans l’oubli, la légèreté, coupe court avec la brutalité du monde extérieur. Tantôt produit hype, tantôt dangereux échappatoire : l’héroïne franchit les barrières entre des mondes pourtant opaques et éloignés.

Entre fascination et indifférence

La catastrophe invisible, sous les plumes croisées de Vincent Benso et Michel Kokoreff, explore aussi le fascinant rôle des médias dans la propagation de ces mythes. Entre l’overdose de Bandol – juteux fais divers marquant le départ d’un incendie médiatique – et le rôle de publications comme Libération (notamment la rubrique d’Alain Pacadis) ou Actuel, la presse agit, volontairement ou implicitement, comme diffuseur de toutes ces symboliques culturelles. Elle entretient la fascination.

Si l’héroïne a tant et si bien infiltré toutes les strates de notre société, toutes ses époques, c’est aussi dû aux failles du système de santé français, à son aveuglement. “La catastrophe, ce n’est pas la diffusion de l’héroïne, mais bel et bien le traitement politique de cette diffusion” peut-on lire dès les premières lignes. Car pendant des années, l’état refuse de prendre le problème à bras le corps par crainte de faire quoi que ce soit qui puisse faciliter la vie des toxicomanes. Une vision trop manichéenne qui fait qu’aujourd’hui encore, les pouvoirs politiques tanguent entre tentatives de coexistence et volonté d’éradication. De l’interdiction de la vente de matériel stérile aux héroïnomanes à la création de salles de shoot dans la capitale en 2016, le recueil balaie l’histoire d’un état confus, préférant détourner les yeux et fait l’inventaire de certaines de ses erreurs fatales. “Hécatombe“, “ravages“, “monstre épidémique“… Le champ lexical est effrayant.

Tabous meurtriers

Des drogués incompris, isolés, certes, mais les accros à l’héroïne se sont aussi cachés. Longtemps, on assiste à un silence teinté de déni de la part des populations concernées, réticentes “à l’idée de [s’]accrocher une casserole supplémentaire“. Car dans les années 80, les luttes se confondent et s’emmêlent. La problématique est brusquement utilisée “à des fins partisanes dans un climat de racisme ambiant“. L’héroïne, mais aussi la cocaïne et le cannabis, riment désormais avec insécurité, banlieues populaires, “racailles”, immigration. La guerre à la drogue devient guerre raciale.

Le silence vient aussi de ceux que l’héroïne a rendu malades. Dans les années 90, le sida tue les consommateurs d’héro depuis déjà plusieurs années, mais dans l’imaginaire collectif, elle est encore un “cancer gay”. Aucun diagnostic réel sur la situation n’est établi jusque là. Un tabou qui décime discrètement ceux dont la honte surpasse la peur de la mort.

La catastrophe invisible, passionnant voyage aux travers de l’imaginaire collectif, appelle à considérer la consommation de drogue comme un symptôme de ce que notre société est et devient, à se questionner, et relancer le débat au sein des pouvoirs publics. Si elle s’est appelée auparavant voyage, ivresse, détresse, aujourd’hui, de quoi est-elle le nom ?