Vous prendrez bien une part de millefeuille ?

11 February 2018 admin2632 0

Le 5 février, rue Scribe, à Paris, avait lieu le déjeuner des auteurs les plus lus de l’année. Guillemette Faure, la chroniqueuse de ” M, y était. Sylvain Tesson s’est excusé, parti ” pour observer la panthère des neiges près des sources du Mékong.

“Dans mes rêves, je vois le sang” : dix repentis de Daech témoignent dans un livre choc

11 February 2018 admin2632 0

“J’ai un message à faire passer à ceux qui croient toujours en l’État islamique, à ceux qui veulent les rejoindre : réveillez-vous ce n’est pas un État islamique. Cet État ne gouverne pas selon les préceptes de Dieu; ne vous faites pas d’illusions. Nous, les Syriens qui avons rejoint l’EI, nous avons vu l’impensable. (…) Aux autres, ceux qui sont restés là-bas en Syrie avec Daech, je vous conseille de penser à déserter. Beaucoup de gens peuvent vous aider à en sortir (…) Dans mes rêves, je vois le sang. Même dans mes rêves, je me vois en train d’égorger un être humain. J’espère pouvoir oublier. J’espère que notre avenir sera meilleur.»

Ce témoignage fort, dérangeant, est celui d’Abou Oussama, 32 ans, un Syrien de Raqqa, déserteur de l’organisation État islamique. Comme lui, neuf autres personnes, qui ont choisi de quitter Daech, ont accepté de se confier aux journalistes Thomas Dandois et François-Xavier Trégan qui publient Daech, paroles de déserteurs (éd Témoins.Gallimard). Il s’agit de la version écrite et narrée d’une série de documentaires réalisés entre 2015 et 2017, diffusés sur la chaîne Arte.

Le livre se divise en deux. Dans une première partie, on rencontre Mahmoud et Abou Shouja, qui gèrent une cellule d’extraction des rangs de Daech. Ils sont eux-mêmes rattachés à la division Thuwwar Raqqa, une branche de l’Armée syrienne libre (ASL).

Un processus long et périlleux

Le processus, long et périlleux, est toujours le même. “Une fois que l’opération est lancée, il sera trop tard pour changer d’avis, pour revenir en arrière”, écrivent les auteurs qui ont rencontré les deux hommes à de nombreuses reprises, tout en prenant un maximum de précautions à chaque rendez-vous, pour ne pas être découvert. Il faut plusieurs mois pour qu’un candidat déclaré soit exfiltré ; comme dans n’importe quelle guerre, il y a des taupes, des leurres et l’heure n’est pas à la prise de risque inconsidérée, tant l’enjeu est primordial. “Nous avons compris qu’il y a différentes manières de mener une guerre, explique Abou Shouja. Un combat sans armés, sans balles, peut causer des dégâts bien plus graves pour un adversaire comme Daech.”

Selon Mahmoud et Abou Shouja, leur cellule aurait mené à l’exfiltration d’une centaine de combattants “dégoutés” des méthodes de l’EI. “Les exécutions à répétition, les égorgements, les crucifixions ont eu raison de son enthousiasme”, dit l’un d’entre eux à propos d’un futur candidat. Rejoindre l’organisation État islamique; “c’est un aller sans retour”, confesse Abou Ali, 38 ans, ancien gardien de prison du Califat et désormais déserteur.

“C’est de la folie”

Pour beaucoup de témoins, omniprésents dans la seconde partie du livre, la rupture avec Daech est survenue après quelques mois sur le terrain. Selon leurs récits – crus et parfois difficilement soutenables – le décalage entre la réalité et l’espérance a nourri leur rejet. “Deux esclaves sexuelles d’environ 13 ou 14 ans se sont faites exécuter. Quand j’ai demandé pourquoi, on m’a répondu : ‘Parce qu’elles troublent les frères.’ Si elles sèment le trouble entre les frères, ça veut dire qu’on doit tuer toutes les femmes dans la rue ?, évoque l’un d’eux. C’est de la folie”. Pourtant, la grande majorité des déserteurs interrogés continuent de croire en un futur État islamique, ils accusant le Califat instauré par Daech d’être une véritable zone d’anarchie, où la corruption et la violence sont devenues légion.

C’est le cas d’Abou Hozeifa, ‘l’émir du check-point”, un déserteur de 28 ans : “L’état islamique a ruiné tous nos espoirs parce qu’il s’est construit à partir d’une méthode qui n’a rien à voir avec le message de l’islam. (…) Nous voulions un état islamique. Mais ici, ils vont trouver quelque chose de corrompu. Ils ne pourront pas changer d’avis. Ils vont à la mort. A la mort.”

Ce récit minutieux apporte des éléments précis, alors que le procès du dernier membre vivant du commando des attentats du 13 Novembre 2015, Salah Abdeslam, se profile. Notamment sur les moyens de communication entre un commando chargé d’une attaque et les coordinateurs des pays d’accueils, des “gens extrêmement prudent”, précisent les auteurs. Mais ces derniers dénoncent le manque d’implication des diplomaties occidentales dans ce combat: “Nous avons contacté à de nombreuses reprises et depuis plusieurs années les ambassades occidentales quand nous étions sur le point d’exfiltrer un de leurs ressortissants. Mais la plupart des pays étrangers n’ont pas envie d’aider, regrette Abou Shouja. Ils nous répondent : ‘Laissez-les là-bas ! Qu’ils meurent en Syrie ! (…) le plus important, c’est qu’ils ne reviennent pas chez nous pour causer des problèmes à tout le monde.'”

Daesh, paroles de déserteurs (édition Témoins. Gallimard) de Thomas Dandois et François-Xavier Trégan, sorti le 8 février, 18 €