La lumière des ombres

2 March 2018 admin2632 0

Le premier roman d’Asli Erdogan naviguait déjà entre la noirceur et les raies de lumière. Une femme y renoue avec la vie.

Le philosophe Alain était-il antisémite ?

1 March 2018 admin2632 0

“Alain est-il un astre mort?”, s’interroge le chroniqueur du Monde, spécialiste de philosophie, Roger-Pol Droit. Dans un article récent, il taille un costard au philosophe. Légèrement oublié aujourd’hui, ce penseur et professeur (1868-1951) a été pourtant un personnage intellectuel important du siècle dernier, un symbole incarnant“l’humanisme républicain, la grandeur pédagogique, le bon sens cultivé et matois, la réflexion libre menant à la sagesse philosophique”.

Venant de la “France profonde”, il est né à Mortagne-au-Perche dans l’Orne. il est devenu un enseignant respecté dans la prestigieuse classe de 1909 à 1933, sur la khâgne du lycée Henri-IV à Paris. C’est là qu’il formera des personnages comme Simone Weil, Raymond Aron, Georges Canguilhem, André Maurois, ­Julien Gracq, et bien d’autres, devenant une sorte de Socrate des temps modernes.

Hitler “un esprit moderne, un esprit invincible”

S’appuyant sur la publication de son journal inédit, qui couvre les douze dernières années de sa vie (de 1937 à 1950) et sur une étude critique de l’adepte de la “déboulonnomanie galopante” Michel Onfray, intitulée Solstice d’hiver. Alain, les juifs, Hitler et l’Occupation, Roger-Pol Droit révèle des aspects assez peu reluisants du personnage, sa fascination pour Hitler et ses tendances antisémites.

“Je voudrais bien, pour ma part, être débarrassé de l’antisémitisme, mais je n’y arrive point.”

Le 22 juillet 1940 Alain écrit dans son journal “J’espère que l’Allemand vaincra, car il ne faut pas que le genre de Gaulle l’emporte chez nous” , Hitler, dans Mein Kampf, traite de la “question juive” avec “une éloquence extraordinaire et une remarquable sincérité”, c’est “un esprit moderne, un esprit invincible”. Reconnaissant son antisémitisme comme une “passion triste” , il avoue “Je voudrais bien, pour ma part, être débarrassé de l’antisémitisme, mais je n’y arrive point.”

Une culture française ?

Peut-être faut-il chercher l’origine de ces pulsions morbides dans le pacifisme exacerbé d’Alain, qui malgré son horreur de la violence, s’est engagé à 46 ans dans les combats de 14-18 par fidélité à un serment et y voir l’ambiguïté du refus de la guerre chez les combattants de 1914-1918, obsédés par le “Plus jamais ça” et qui n’ont pas vu arriver le cataclysme du fascisme et du nazisme.

Roger-Pol Droit s’interroge, au-delà de la sénilité probable du penseur vieillissant (“la vieillesse est un naufrage”, comme disait de Gaulle) sur “la profonde composante antisémite qui imprègne la bonne culture française, même chez des gens supposés respectables”.

L’historien Pierre Milza est mort

1 March 2018 admin2632 0

Considéré comme l’un des meilleurs spécialistes du fascisme et de l’Italie du XIXe et XXe siècles, célèbre entre autres pour ses ouvrages cosignés avec Serge Berstein, Pierre Milza est mort le 28 février, à l’âge de 85 ans.

Disparition de l’historien Pierre Milza (1932-2018)

1 March 2018 admin2632 0

L’historien Pierre Milza est disparu mercredi 28 février à 85 ans. Professeur à Sciences Po, historien spécialiste de l’Italie contemporaine et notamment du fascisme, il avait formé des générations d’étudiants en particulier avec les manuels écrits avec son ami Serge Berstein.

Pierre Milza, né à Paris en 1932, était le fils d’une mère française et d’un père immigré italien, tous deux d’un milieu très modeste. Son père disparaît prématurément alors que Pierre Milza a une dizaine d’années. C’est après la guerre lors d’un voyage dans la famille de son père qu’il découvre l’Italie, qui occupera alors une place prépondérante dans sa vie et son œuvre. Il deviendra un spécialiste de ce pays et surtout du fascisme, mouvement qu’il a décrypté avec objectivité et acuité en particulier à travers une biographie du dictateur Benito Mussolini.

Il était une incarnation de ces immigré italiens, très nombreux en France, qu’on appelait alors les “Ritals”, à l’instar d’un Cavanna, d’un Yves Montand et de bien d’autres. Il rendra hommage à ces “étrangers”, souvent aussi mal accueillis que les “migrants” aujourd’hui, dans un livre intitulé Voyage en Ritalie : une copieuse histoire de l’immigration italienne en France.

La couv’ de mon Berstein et Milza, c’était celle-ci. Et toi? #Milza pic.twitter.com/PNj7lcOiUy

— Geoffroy Clavel (@GeoClavel) February 28, 2018

Pierre Milza était un de ces produits réussis de l’éducation “républicaine”. Il avait commencé comme instituteur puis professeur de collège, avant de passer l’agrégation d’histoire à 32 ans, dont il fut reçu premier. Devenu professeur à Sciences Po, une école que sa pauvreté l’avait empêché d’intégrer, il en était devenu un des piliers, avec son ami Serge Berstein, avec qui il avait publié de nombreux ouvrages. Les “Milza-Berstein” sont devenus la Bible des étudiants de Sciences Po et des khâgneux.

Célèbres, ou non, ils ont été très nombreux à rendre hommage à leur professeur sur les réseaux sociaux.

Plein de pensées pour Pierre Milza, disparu aujourd’hui, qui a bercé nos années sciences po, par la qualité et la richesse de ses manuels et de ses cours, par le développement donné à l’histoire contemporaine. Sans avoir suivi sa manière d’écrire l’histoire, on ne l’oubliera pas

— Nicolas Offenstadt (@Offenstadt) February 28, 2018

Pierre Milza, c’était les années en Khâgne, Lakanal, les fiches Bristol et les nuits à faire le mur dans le Parc de Sceaux. On l’emmenait dans les sacs à dos…. https://t.co/EYmFlN6QzU

— Marc Fauvelle (@Marcfauvelle) February 28, 2018

Immense tristesse d’annoncer le décès de Pierre MILZA. Professeur émérite d’histoire à Sciences Po @ScPo_CHSP , il a formé des générations d’étudiants.
Chercheur reconnu en France, en #Italie et à l’international … https://t.co/2NlDtjJSE1 pic.twitter.com/nlaxjq5xHj

— CHSP (@ScPo_CHSP) February 28, 2018