Joy Raffin, “Atlantic City” chez Nil éditions

18 July 2018 admin2632 0
Pendant l’été, Livres Hebdo présente chaque jour un premier roman de la rentrée littéraire 2018. Avec Atlantic City, à paraître le 23 août chez Nil éditions, la chroniqueuse Joy Raffin explore les multiples visages de la ville au célèbre Boardwalk.

Un texte inédit de Jakuta Alikavazovic : “Une cabane pour l’été”

18 July 2018 admin2632 0

47 % de vertébrés disparus en dix ans, faut qu’on se refasse une cabane, mais avec des idées au lieu des branches de saule, des images à la place des lièvres géants, des histoires à la place des choses.

En lisant cette phrase, qui figure dans le tome 2 de l’Histoire de la littérature récente d’Olivier Cadiot, j’ai eu l’impression qu’on lisait en moi. Il se trouve que je suis d’humeur “cabane”, ces derniers temps. La cabane : l’enfance de l’art, le lieu des premières histoires, des gestes simples visant à créer un intérieur, un extérieur, à tendre des branchages entre soi et le ciel, qui idéalement filtre encore un peu, ici et là.

Classiques ou non, 21 romans pour l’été

17 July 2018 admin2632 0

Brève histoire de sept meurtres de Marlon James
(Albin Michel, traduit du jamaïcain par Valérie Malfoy, 864 p., 25 €)
Le 3 décembre 1976, Bob Marley doit donner un concert exceptionnel pour la paix à Kingston, capitale jamaïcaine ravagée par les guerres de gangs. Alors qu’il répète avec les Wailers, une bande de rude boys armés jusqu’aux dents et défoncés jusqu’à la moelle braque…

Qu’est-ce que la culture surf (la vraie) ?

17 July 2018 admin2632 0

Avant d’aller rider sur les spots de la côte basque ou landaise cet été, vous vous mettrez sans doute dans l’ambiance en écoutant quelques morceaux de surf music, ou vous reverrez un film culte comme The Endless Summer (1966) ou Fluid Drive (1973), avec notamment Voodoo Child d’Hendrix en B.O., histoire de vous projeter dans vos futurs tubes. Ces fondamentaux de la culture surf fédèrent depuis les années 1960 une communauté qui voue un culte à cette discipline exigeante, devenue très à la mode au fil des décennies. Le Prix Pulitzer remporté en 2017 par le journaliste William Finnegan pour son autobiographie, Jours Barbares, qui raconte cinquante ans de glisse, en témoigne.

Mais qu’est-ce que la culture surf exactement ? Comment est-elle née ? Et comment faire le tri, entre les récupérations commerciales et la culture légitime ? Un livre récemment paru nous éclaire. Dans Surf, Une histoire de la glisse, de la première vague aux Beach Boys (éd. Arkhé), le sociologue Jérémy Lemarié retrace l’histoire longue et mouvementée de cette pratique ancestrale hawaïenne.

La récupération opportuniste des beach movies

Alors que les colons et missionnaires calvinistes détournent la population de l’archipel du he’e nalu (pas encore appelé surf) au XIXe siècle, les élites occidentales se le réapproprient peu à peu au début du XXe. Après l’annexion d’Hawaï par les États-Unis en 1898, alors que les autochtones sont décimés par les maladies et les guerres fratricides, “l’élite occidentale encourage certains aspects du folklore hawaïen, comme le surf”, écrit ainsi le spécialiste, également rédacteur en chef de l’hebdomadaire Surf Blurb. Jadis considéré comme dégradant vis-à-vis de la morale chrétienne, le he’e nalu devient alors le surf : “une activité essentiellement pratiquée par les ‘blancs’”.

>> Lire aussi : “Jours Barbares” de William Finnegan: les mémoires d’un Kerouac du surf

C’est à la faveur de cette réappropriation qu’apparaît la nouvelle culture surf, qui se distingue des rituels séculaires des îles du Pacifique. Sous l’influence du tourisme américain à Hawaï et de la venue en Californie de beach boys insulaires tels que Duke Kahanamoku, le nombre de surfeurs passe de 500 à 150 000 entre 1930 et 1960. L’identité de la côte ouest est désormais liée à ce sport : journaux spécialisés, ateliers et surf shops fleurissent sur les différents spots. Ce surf boom suscite d’abord les convoitises de l’industrie cinématographique, qui se saisit de l’imaginaire de liberté associé à la glisse. C’est ainsi que naît le genre cinématographique du beach movie.

Plus de 70 de ces comédies romantiques sont produites entre 1960 et 1966, parmi lesquelles Hot Rod Girl, Sorority Girl, Gidget, ou encore Blue Hawaii, avec Elvis Presley. Mais cette récupération opportuniste n’a rien à voir avec l’expérience vécue par les surfeurs. Ces réalisateurs “caricaturent leur lifestyle, insistant sur les soirées animées par la musique rock’n’roll, l’abus de spiritueux et les comportements délurés. Pourtant, en soulignant ces excès supposés, ils ne font rien d’autre que célébrer l’opulence américaine”, et “jamais ces productions ne remettent en question l’ordre établi”.

Surf music : la construction d’une nouvelle culture

La musique s’empare aussi du surf, et participe à “cette construction d’une idéologie moderne de la glisse”, écrit Jérémy Lemarié. La surf music, un rock instrumental inspiré du blues, évidemment “sans grand rapport avec la musique traditionnelle hawaïenne”, voit le jour. Ceux qui s’en revendiquent sont tantôt des pratiquants, comme le guitariste Dick Dale et son groupe, les Del Tones, tantôt des musiciens qui n’ont jamais touché à une planche de surf. C’est le cas des Beach Boys, qui “tirent astucieusement profit de l’imaginaire du surf pour leur propre promotion”.

En effet le groupe, qui s’appelle initialement The Pendletones en référence aux chemises de laine à la mode chez les surfeurs de l’époque, écrit en 1961 son premier titre, Surfin’, par intérêt pour la mode du surf qui conquiert alors la jeunesse U.S. Suivront d’autres tubes explicitement référencés, comme Surfin Safari, Surfer Girl, Surfin’ USA, ou encore Surf City, coécrit avec Brian Wilson et chanté par Jan et Dean : la ville d’Huntington Beach est ainsi officiellement consacrée comme un haut lieu du surf.

Distinction entre culture surf pop et culture authentique

Depuis la naissance de cette culture surf pop, les surfeurs eux-mêmes développent leur propre contre-culture, et s’érigent en gardiens du temple hawaïen. “Nombre de pratiquants inconditionnels considèrent que la culture surf pop est illégitime car elle dénature les origines hawaïennes du surf, son âme, ses traditions. […] Elle abuserait de l’aura cool du surf pour vendre des produits sans lien avec la pratique de la discipline, ou ne servant guère ses intérêts”, note Jérémy Lemarié.

Rick Griffin
Poster artist of the gods.

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— Jerry (@fat_man_rocks) April 3, 2018

En opposition, la culture dite californienne voit le jour et s’étend jusqu’à la plage de Biarritz, avec les “tontons surfeurs” comme ambassadeurs. Une presse spécialisée – The Surfer Quarterly, fondé en 1961 –, une esthétique psychédélique – celle des dessins de Rick Griffin, qui a illustré certains albums des Eagles et des Grateful Dead –, et des films de “surfaris”, comme The Endless Summer (1966) servent de points cardinaux de cette culture underground. Si rien ne remplace le rapport sensible à l’océan et l’ineffable sensation de liberté que procure la glisse, ces références les prolongent par d’autres moyens.

Surf – Une histoire de la glisse, de la première vague aux Beach Boys, de Jérémy Lemarié, éd. Arkhé, 236 p., 21,50 €