9 livres sur Karl Lagerfeld

19 February 2019 admin2632 0
La vie et les créations du célèbre styliste de Chanel ont inspiré plusieurs ouvrages. Entre beaux livres, enquêtes et témoignages, Livres Hebdo présente sa sélection.

Qui sont les nouveaux nomades américains, déclassés de la crise de 2008 ?

19 February 2019 admin2632 0

Janvier 2018, 18 heures. Tandis que le soleil se couche, le froid s’abat à l’ouest de l’Interstate 10, autoroute inter-Etats américaine. Au loin, des milliers de points dorés scintillent au pied des Dome Rock Mountains. Les pare-brise des camping-cars reflètent la lumière vespérale. Bienvenue à Quartzsite (Arizona), où se déroule le grand festival hivernal des nomades. Moins de quatre mille habitants habituellement, plusieurs dizaines de milliers de caravanes, vans et bus scolaires chaque hiver. Là, pas de touristes avides de paysages, mais les nouveaux nomades américains, sur la route depuis la crise immobilière de 2008.

Un phénomène disséqué dans Nomadland, ouvrage de Jessica Bruder publié en 2017 aux Etats-Unis et désormais traduit en français. Son enquête, au départ un article pour Harper’s Magazine, se transforme rapidement en un travail de longue haleine. Durant plus de trois ans, cette journaliste et professeure américaine a suivi ces “sans adresse fixe” à bord de son propre van et a réalisé plus de cent entretiens.

Comment le climat et les maladies ont fait chuter l’Empire romain

19 February 2019 admin2632 0

Décisions stratégiques, défauts structurels, destin inévitable… Le questionnement autour de la chute de Rome mêle une multitude d’hypothèses. Dans son livre, Comment l’Empire romain s’est effondré, Kyle Harper, professeur d’histoire à l’université d’Oklahoma (Etats-Unis), propose un nouveau récit de la chute de Rome. A la lumière des récentes recherches et études issues de l’archéologie et de sciences climatiques, l’auteur propose une interprétation différente. Ces nouveaux enseignements placent les éléments naturels au cœur de l’histoire romaine. Ceux-ci sont de deux ordres : le climat et les maladies.

La chute, source de fascination

La chute de l’Empire romain fascine de manière ininterrompue. L’empire qui a duré pendant cinq siècles semblait invincible, irréductible. Les Romains ont été au delà des limites de ce qui était possible dans les conditions propres à la société prémoderne”, appuie Kyle Harper. Selon lui, il existe un embouteillage de théories, principalement basées sur les mécanismes liés au système impérial et à la pression extérieure de plus en plus importante aux frontières. Ce dernier ne remet pas en question ces éléments. Cependant, avec l’apport des “archives naturelles” (carottes de glace, grottes, dépôts au fond des lacs, sédiments marins,…), dont la collecte a largement progressé depuis une vingtaine d’années, il est désormais possible d’observer les changements climatiques que la Terre a gardé en mémoire.

Pour le professeur, il est essentiel de placer l’histoire environnementale au centre de toutes les théories. L’erreur est de considérer l’environnement comme un arrière plan stable et inerte, ce qui, selon lui, apporte une vision fausse et trompeuse. En effet, le spécialiste de l’Antiquité tardive explique que les fondements terriens, biologiques de la production et de la reproduction jouent toujours un rôle non négligeable. Il ajoute : “Sans les mouvements de fond de la démographie, les modèles d’Etat et d’ordre social se transforment en abstractions inutiles”.

Détérioration du climat

L’empire s’est créé à un moment climatique particulier connu sous le nom de l’Holocène, une ère calme et chaude, propice au développement. Avant que le climat ne se détériore au fur et à mesure. Entre 150 et 450 apr J.-C, l’instabilité du climat fait pression sur les forces de l’empire. Vient ensuite le point culminant du petit âge glaciaire de l’Antiquité tardive vers la fin du Ve siècle. Le climat global a changé. La désertification du Sahara et du Proche-Orient s’est accélérée. Les moussons ont perdu en intensité. Au nord, les étés sont devenus plus froids. Dans la Méditerranée, l’alternance habituelle de périodes sèches et humides est de plus en plus prononcée. “Le climat est un acteur indispensable de l’efflorescence romaine puis dans un second temps de son interruption”, précise l’auteur.

“La détérioration du climat a coïncidé avec une catastrophe biologique sans précédent qui a submergé les résidus de l’empire”, écrit Kyle Harper. Ce dernier expose que les événements climatiques anormaux peuvent être à l’origine d’un développement explosif des vecteurs de maladies. Comme par exemple lorsqu’une famine en Italie a coïncidé avec une vague de paludisme vers 450 apr. J-C. Il note également que les crises alimentaires provoquaient des vagues de migration échappant aux modes de contrôles de l’environnement urbain. Les pénuries obligeaient également les personnes à consommer des aliments impropres, les affaiblissant davantage.

Les germes plus forts que les Germains

Les Romains ont bâti un empire urbanisé et interconnecté, s’étirant jusqu’aux tropiques. Cela a notamment permis l’évolution des agents pathogènes et des maladies infectieuses. “Une conséquence inattendue du développement social romain a été de favoriser un environnement microbien létal. Sans le vouloir, les Romains ont été complices de la mise en place des écologies des maladies qui ont hanté leurs régimes démographiques”, indique l’auteur. Dans les villes de cette “merveille d’ingénierie civile”, les mouches et les rongeurs grouillent. Les bains et les thermes publics sont des nids à microbes, les égouts stagnent. L’hygiène n’est pas une priorité, peu se lavent les mains, la nourriture est exposée aux contaminations. “La cité ancienne est un lieu d’insalubrité maximale.”

En dehors des villes, les Romains ont coupés des forêts, déplacé des rivières. Les modifications faites aux paysages ont participé à l’exposition de nouveaux parasites et à des changements écologiques. Les routes terrestres et maritimes construites à travers l’empire ont facilité l’entrée des germes. Les Romains ont aussi un certain goût pour l’exotisme, ils sont en quête de soie, d’épices, d’ivoire, ce qui provoque un mouvement frénétique à travers les frontières. A trois reprises, les pandémies vont frapper l’empire de manière stupéfiante. D’abord la peste antonine en 165 apr. J.-C. En 249 apr. J.-C, un agent pathogène inconnu fait des ravages. En 541 apr. J.-C., la peste bubonique frappe pendant deux siècles. Ainsi, Rome est passée d’un million d’habitants à 20 000. “Les germes ont été bien plus mortels que les Germains”, note le professeur américain.

Cependant, Kyle Harper souligne que “la double catastrophe de la peste et de l’âge glaciaire n’a pas entraîné l’effondrement de but en blanc de l’empire”. La dégradation de l’environnement a eu comme conséquence de saper la vitalité de l’empire. “Comme un gigantesque chêne en décomposition, tirant sa nourriture d’un système de racines en décomposition, l’empire est mort à petit feu, de l’intérieur.”

Des préoccupations actuelles

Ces problématiques d’autrefois font écho à nos préoccupations contemporaines. Les maladies infectieuses restent une menace constante. Nous le voyons avec le virus Zika, Ebola ou encore le SIDA. Comme le précise l’auteur, les microbes ne sont pas un inconvénient passager. “Ils appartiennent aux évolutions de long terme, à une écologie totale de la Terre au sein de laquelle notre espèce est en compétition ou coopère avec d’autres, y compris des êtres invisibles. Bactéries, virus et autres parasites ne sont pas une partie inerte de la machinerie ; ce sont bien plutôt des agents ne connaissant que leur propre intérêt, saisissant toutes les occasions qui se présentent.”

En plus de ces épidémies toujours actives et mortelles, le changement climatique est aujourd’hui tangible et visible. Il est important de connaitre, de comprendre, d’étudier le passé pour mieux faire face à nos défis actuels et à préparer l’avenir. “Notre histoire et celle de la planète sont inséparables”, assure Kyle Harper. “Que l’environnement ait joué un tel rôle dans ce qui a fait et défait l’histoire de l’une des civilisations les plus remarquables doit être une source d’inspiration. Rome est presque inévitablement un miroir et un instrument de mesure.”

Comment l’Empire romain s’est effondré, Kyle Harper, Editions La Découverte, Janvier 2019.