Tomi Ungerer, libre jusqu’au bout

Si, de l’humanité, il ne subsistait que son œuvre protéiforme– quelque 150 livres – ça suffirait à renseigner n’importe quelle population extraterrestre sur ce qui nous a animés pendant des millénaires – l’amour, la haine, le rire, le rêve. La bibliographie du dessinateur Tomi Ungerer est en effet remplie de fantasmes et de fulgurances graphiques, de traits subversifs et poétiques. Jusqu’à la fin, il a utilisé son crayon pour éveiller les consciences quand il ne le maniait pas comme un bouclier qu’il pouvait opposer à la bêtise humaine. En novembre dernier, l’illustrateur fêtait ainsi, tout sourire, le vernissage de sa dernière exposition, une belle rétrospective à la galerie Martel. Disparu dans la nuit de vendredi à samedi à l’âge de 87 ans au domicile de sa fille en Irlande, il laisse des millions de lectrices et de lecteurs orphelins. Mais lui ne craignait pas la mort, il considérait même qu’avoir perdu son père – alors qu’il était enfant – constituait une chance ! De toute façon, comme Salvador Dali, Ungerer aura connu de son vivant un musée à son nom – créé en 2007 à Strasbourg – ce qui l’a rendu en partie immortel.

Le sentiment qu’on a essayé de le couper de ses racines

Né à Strasbourg en 1931 dans une famille protestante, Jean-Thomas Ungerer a vécu l’invasion de l’Alsace par les nazis puis subit un redoutable endoctrinement qui l’aura marqué à vie. Inspiré par les caricaturistes de l’époque, il commence à dessine avec fièvre ce qu’il voit – les soldats allemands, l’Occupation. Il aurait dû accueillir la Libération avec une joie sans retenue mais la vie reste compliquée pour lui : à l’école, on lui interdit de parler alsacien.

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