6 livres pour comprendre l’Arabie Saoudite

19 October 2018 admin2632 0
Alors que l’affaire Khashoggi fait la Une des médias internationaux, la politique menée par le prince héritier Mohammed ben Salman en Arabie Saoudite suscite les questionnements. Tour d’horizon de six parutions récentes sur le pays et son régime ambivalent.

“Polaris ou la Nuit de Circé” chevauche polar et érotisme avec subtilité

19 October 2018 admin2632 0

C’est un schéma éprouvé par nombre de romans policiers : un homicide mystérieux oblige un détective ou une enquêtrice à découvrir le milieu secret que fréquentait la victime. Après une plongée étonnante dans cet univers clos, le ou la coupable finit par être démasqué(e).

Si Polaris fait sienne cette trame déjà lue, l’ambition de cet album qui navigue entre les genres – mais n’est pas à mettre entre toutes les mains – ne se limite pas au suspense du thriller. Effectivement, grâce à une mécanique bien huilée alternant présent et flash-backs, on finit par connaître les circonstances du meurtre qui déclenche tout.

Avec “L’Arbre-Monde”, Richard Powers sublime l’écofiction

19 October 2018 admin2632 0

L’argot américain – tendance trumpiste – a inventé pour eux un terme puant la condescendance : “tree huggers”. Des zozos énamourés des arbres, des écolos ayant trop lu Thoreau, des zadistes à la mode de Portland ou Seattle, allergiques au progrès et ennemis jurés de la libre entreprise – autrement dit des clichés ambulants, auxquels le nouveau roman de Richard Powers a pour premier mérite de rendre leur pleine et entière humanité.

Des autres mérites du livre, on renonce par avance à tenir la stricte comptabilité, L’Arbre-Monde venant confirmer une conviction acquise au gré de parutions témoignant d’une égale – et confondante – maîtrise de domaines aussi divers que la chimie (Gains, 1998), les mystères de l’identité (La Chambre aux échos, 2006) et la musique savante (Orfeo, 2013) : en la personne de Powers, la littérature mondiale tient bel et bien un écrivain hors norme.

Plongée brutale et crue dans l’industrie du porno amateur français

18 October 2018 admin2632 0

Une claque. Quand on referme “Judy, Lola, Sofia et moi”, on a envie d’en parler autour de soi pour exorciser ce qu’on vient de lire. Rares sont les plongées aussi réussies dans le monde tabou du porno amateur. Le journaliste Robin d’Angelo, 32 ans, signe là un ouvrage chirurgical et passionnant aux Éditions Goutte d’Or.

Pendant deux ans, il s’est immergé dans le monde du porno amateur français. Il a multiplié les tournages, les rencontres, les entretiens. Il en tire un récit extrêmement intime où les protagonistes, dont lui-même, se livrent sans fard. Il y ausculte le quotidien de plusieurs actrices, dépendantes d’un monde hiérarchisé où une poignée de producteurs se livrent une concurrence féroce pour recruter de “la chair fraîche”.

Faisant parfois fi de la déontologie, il filme, joue et enfile même une cagoule pour mettre à nue des conditions dégradantes, un droit du travail à géométrie variables et de l’indignité humaine. Les descriptions sont crues, âpres, compliquées à terminer. Mais c’est la raison d’être de ce livre : jeter sur la place publique et faire lumière sur ce qui a vocation à rester rétroéclairé sur un écran. Robin D’Angelo dissèque la vie des gens d’un business aux millions de vues sur le net.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?

Robin D’Angelo – Je pars d’un constat : désirs et plaisir sexuels ne sont pas forcément en accord avec notre éthique. Je suis pro-féministe, pour l’égalité homme/femme, mais je vais souvent regarder des vidéos qui mettent en scène des femmes se faisant dominer, parfois même de façon brutale, par des hommes. Il y a donc une contradiction, je pense partagée par beaucoup d’hommes, mais qui reste taboue. J’ai eu envie de me jeter dedans, de jeter un pavé dans la mare.

J’ai aussi voulu montrer ma relation avec les personnages. C’est ça aussi qui était intéressant, que j’ai aimé poser dans le livre. Je ne suis pas très différent des producteurs et surtout pas des autres spectateurs. Au lieu de savoir comment gérer la distance, j’ai décidé de la raconter dans le livre. Je me mets en scène mais c’est un rapport de transparence qu’il faut créer avec le lecteur. Mon histoire c’est aussi celle du spectateur qui passe derrière l’écran.

Et j’en ressors encore plus convaincu de l’importance du combat féministe. C’est quelque chose qui m’a marqué, m’a servi et qui, j’espère servira aussi au lecteur, comme d’une loupe grossissante sur les rapports hommes femmes, que cela soit les rapports sexuels ou de séduction. On prend en pleine gueule cette différence de traitement et cette hiérarchie de la sexualité, où la féminine n’est pas considéré de la même manière que la masculine.

Il semble y avoir une véritable distorsion dans les motivations qui conduisent à faire du porno. La notion de plaisir est omniprésente dans vos témoignages masculins, elle est quasiment inexistante chez les femmes. Comment l’expliquer ?

Tous les acteurs à qui j’ai demandé pourquoi ils sont rentrés dans le porno, ont la même réponse : “Pour se vider les couilles.” Tu demandes à une fille pourquoi elle démarre, elle ne parlera jamais de plaisir mais d’argent ou de reconnaissance.

C’est encore une fois cet effet loupe du statut sexuel homme / femme. C’est très déséquilibré. On le voit de façon pertinente dans les salaires. Un acteur va être payé entre 50 et 150 euros la scène quand une actrice sera payée entre 250 et 350. Pourquoi ? Parce qu’on estime que pour le garçon, le plaisir sexuel est une compensation suffisante. On n’a pas besoin de le payer. A l’inverse, on estime qu’une femme va contrevenir à sa sexualité et qu’il faut la payer plus cher. C’est ce qu’on voit dans la sodomie. Trois tournages sur quatre auxquels j’assiste, la fille n’aime pas ça, elle souffre, demande à ce que ça aille vite. Un homme, lui, n’est jamais contraint sur un tournage à faire une pratique qui lui ferait mal. Il y a également cette idée que la sexualité féminine doit se donner en échange de quelque chose, pas pour son plaisir seul.

De ce fait, y a-t-il une influence de ce porno parfois trash sur le rapport et la sexualité homme femme ?

Je n’ai pas assez travaillé dessus pour le savoir. Mais à un moment, j’interviewe un acteur de 23 ans qui raconte ses premières fois assez violentes. Il y avait du sang, il la prenait en levrette en la traitant de salope. Il me répond : “Ouais, c’est l’influence du porno”.

Mais un producteur de 40 ans va me tenir le même discours. “Moi je suis comme ça, je fais ça parce que je regardais des porno sur Canal + en 95, ça m’a donné envie de faire ça.” Un autre me dit : “En 96 quand je vois Rocco cracher dans l’anus d’une femme, ça m’excite et je veux faire pareil. C’est vrai que ça a modifié ma sexualité.” C’est compliqué de faire ce comparatif dans le temps.

Après, sans doute que oui, cela a eu une influence. Mais le plus important à retenir est que le porno est le reflet grossissant de la société. C’est un miroir. Comment naissent nos fantasmes ? Ce n’est qu’une érotisation des rapports sociaux traditionnels. Prenez l’interracial. Le ressort érotique, c’est de voir des hommes noirs,un peu bad boys, qui vont se comporter de façon brutale avec des femmes blanches. Parce que les hommes noirs prennent ce stéréotype de racaille dans la gueule et de le voir avec une blanche dévergondée qui va se faire punir. Est-ce que le porno influence ? J’ai presque envie de dire que c’est la société qui influence le porno.

Dans votre livre, on distingue une vraie souffrance des femmes. S’il ne semble pas y en avoir du côté des hommes, se rendent-ils néanmoins compte de la violence infligée?

“Brèves réponses aux grandes questions” : la dernière parole salutaire de Stephen Hawking

18 October 2018 admin2632 0

Décédé le 14 mars 2018 – jour anniversaire de la naissance d’Albert Einstein – à 76 ans, Stephen Hawking a laissé derrière lui un dernier manuscrit inachevé. Enrichi pas des collègues universitaires et des membres de sa famille, l’essai publié le 17 octobre se veut une liste de réponses simples à des questionnements métaphysiques, au hasard : “Comment l’univers a-t-il commencé ? Y a-t-il de la vie intelligente ailleurs ? Peut-on prévoir l’avenir ?

Ni dieu ni maître

Progressivement passé d’un agnosticisme timide à un athéisme franc, le scientifique n’a jamais dissimulé ses positions quant à l’hypothétique existence d’une origine divine du monde. À l’approfondissement de ses recherches scientifiques en la matière, son parcours personnel fait aussi écho. Atteint d’une maladie qui détruit ses neurones moteurs et le condamne donc progressivement à la paralysie, il n’a alors, à l’aube de ses vingt ans et selon les médecins, que quelques années à vivre. Refusant ce destin, il continue ses travaux malgré la maladie : il révèle plus tard que s’il avait cru mourir bientôt, il n’aurait pas mené sa thèse à terme.

Dans Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ?, co-écrit avec Leonard Mlodinow et publié en 2011, il s’attaquait de manière centrale au problème de l’existence de Dieu. Dans Brèves réponses aux grandes questions de notre temps, sa réponse ne nécessite plus un essai entier : “Il n’y a pas de dieu. Personne ne dirige l’univers”.

Entre passé, présent et futur

Admirateur de science-fiction, fan de l’univers de Star Trek, Stephen Hawking répond aussi de manière simple aux interrogations sur notre futur. Dans Brèves réponses aux grandes questions de notre temps, il répète sa croyance en l’existence d’extra-terrestres, et prédit leur rencontre avec les hommes comme une répétition de la réaction des conquistadors confrontés aux indiens du Nouveau Monde. Il évoque aussi l’intelligence artificielle bientôt destinée à surpasser la maîtrise des hommes.

Ces prophéties de mauvais augure n’en font pas un chantre de la dystopie. Non, nous serions selon lui prochainement capables de voyager partout dans le système solaire, mais nous saurons aussi voyager dans le temps, qui ne possède pas de règle linéaire. À la question “Comment construisons-nous le futur ?” il répond : “Rappelez-vous de regarder haut dans le ciel, et non pas à vos pieds”. Science et philosophie se répondent donc dans cet ouvrage posthume, qui répond de manière si personnelle à des questions universelles.

Stephen Hawking, Brèves réponses aux grandes questions, éditions Odile Jacob, 17 octobre 2018