David Grann danse avec le bien et le mal

18 April 2018 admin2632 0

Années 1920, Oklahoma. De riches Indiens Osages sont assassinés, jusqu’à ce que les fédéraux s’en mêle. ” La Note américaine : une part sombre de l’histoire des Etats-Unis décryptée dans un récit captivant.

Ce que contient le livre choc de l’ancien patron du FBI

18 April 2018 admin2632 0

Il faut attendre l’épilogue de Mensonges et vérités, Une loyauté à toute épreuve (éd. Flammarion), pour lire son auteur, James Comey, “se lâcher” sur Donald Trump. Tout au long des 350 premières pages de son livre l’ancien patron du FBI avait réussi à se contenir. Mais d’un coup, sans prévenir, la cocotte-minute a explosé. Attention ça éclabousse : “Ce président est malhonnête et n’accorde aucune importance à la vérité ni aux valeurs institutionnelles. Dans l’ensemble, sa façon de gouverner est mercantile, motivée par son égo et ne tourne qu’autour de la notion de loyauté personnelle.”

James Comey, 57 ans, a dirigé la police fédérale américaine de septembre 2013 jusqu’au 9 mai 2017. Ce jour-là, il se trouve à Los Angeles pour assister à un événement sur la diversité du recrutement d’agents au sein du FBI. Alors qu’il tient aux agents présents un discours sur leur mission qui consiste à “protéger le peuple américain et faire respecter la Constitution des États-Unis”, il aperçoit son nom sur le bandeau d’une chaîne d’info en continu, diffusée au fond de la salle. “COMEY LICENCIE”, peut-il lire. Sa première réaction est l’incompréhension. Pour comprendre comment les États-Unis en est arrivé à élire Donald Trump qui “représente une menace pour une bonne partie de ce qui est bon dans ce pays” cet avocat de formation va remonter le fil de sa vie professionnelle, qui embrasse la vie politique américaine (mouvementée) des trente dernières années.

>> A lire aussi : Donald Trump est “moralement inapte” à présider, selon l’ex patron du FBI James Comey

Les deux premiers tiers du livre sont consacrés à sa jeunesse et ses premiers pas comme procureur général adjoint des États-Unis, poste qu’il occupe de décembre 2003 à août 2005, sous la présidence de George W. Bush. Le dernier tiers du livre revient longuement et de façon très précise sur l’affaire des e-mails d’Hillary Clinton, qui a largement contribué au climat délétère ayant entouré la campagne présidentielle de 2016, aboutissant à l’élection de Donald Trump. Le 45e président des États-Unis offrant quelques scènes tout bonnement hallucinantes, racontées par Comey :

“La Golden shower”

Nous sommes au début de l’année 2017, lors de la période de transition entre le président sortant Barack Obama et le nouvel élu Donald Trump. Le “gang des huit”, les principaux directeurs de police et de sécurité aux Etats-Unis, a rendez-vous avec la nouvelle équipe exécutive pour un premier briefing. Ils doivent notamment évoquer les impacts de la tentative d’ingérence russe lors de la campagne présidentielle. “Je me souviens que Trump a écouté sans prendre la parole, mais il n’a ensuite posé qu’une seule question, qui était plus une affirmation, centrée sur lui et non sur la nation : ‘Mais vous avez trouvé que ça n’avait eu aucun impact sur le résultat, n’est-ce pas ?’

James Comey doute de la prise de conscience de l’enjeu par la nouvelle équipe dirigeante du pays : “Ce qui m’a frappé, c’est que Trump et son équipe n’ont rien demandé. Ils s’apprêtaient à diriger un pays qui avait subi les attaques d’un adversaire étranger, mais ils n’avaient aucune question sur la nature d’une future menace russe, ni comment le États-Unis pouvaient s’y préparer.” Vient la question du dossier Steele : “Nous venons de leur dire : ‘Les Russes ont essayé de vous faire élire.‘ Devais-je alors leur donner une leçon sur la façon de se comporter avec nous ? Alors que je m’apprêtais à avoir une discussion sur les prostituées moscovites avec le futur Président ? Non je ne crois pas.”

Le silence est rompu lorsque le chef de cabinet Reince Priebus demande si quelqu’un a quelque chose à ajouter. “Eh bien oui, nous disposons d’informations sensibles, mais jugeons préférable que le directeur Comey vous les communique en plus petit comité, déclare Jim Clapper, l’ancien directeur du renseignement national. “Je lui ai résumé les allégations selon lesquelles il aurait été filmé par les Russes en plein ébat avec des prostituées dans un hôtel à Moscou en 2013. Je n’ai pas mentionné le fait qu’il aurait demandé aux prostituées de s’uriner mutuellement dessus sur le lit où le président Obama et sa femme avaient un jour dormi, dans le but de le souiller. (…) Avant que j’aie pu terminer, Trump m’a interrompu d’un ton méprisant. (…) Il a démenti avec virulence en me demandant – de façon rhétorique j’imagine – s’il avait l’air d’un homme qui a besoin de faire appel à des prostituées. (…) Alors qu’il se braquait de plus en plus et que la conversation tournait à la catastrophe, j’ai sorti mon joker de ma poche : ‘Vous n’êtes pas sous le coup d’une enquête, monsieur.’ Ça a eu l’air de le calmer.”

“Je suis germophobe”

Le 10 janvier, quelques jours après cette réunion, le site BuzzFeed rend public le dossier de 35 pages contenant les allégations dont Comey a parlé à Trump. Le lendemain, le directeur du FBI a une nouvelle conversation avec le président, cette fois au téléphone. “Il a dit qu’il était très inquiet concernant la “fuite” du “dossier” russe et de la façon dont les choses s’étaient produites.” Puis il est revenu sur leur précédente conversation en privée : ” Il avait parlé à des gens qui avaient fait le déplacement à Moscou avec lui pour le concours de Miss Univers en 2013. Il se souvenait à présent de n’avoir même pas passé la nuit à Moscou. Il a affirmé qu’il était arrivé de New York, qu’il était passé à l’hôtel pour se changer et qu’il avait repris l’avion le soir même. Puis il m’a surpris en mentionnant l’allégation que j’avais choisie d’éviter lors de notre entretien : ‘Ça ne peut pas être vrai pour une autre raison : je suis germophobe. Je n’aurais jamais laissé des gens s’uriner dessus près de moi. C’est impossible.'”

“J’ai besoin de loyauté”

27 janvier 2017 : Donald Trump est officiellement le 45e président américain depuis une semaine. James Comey reçoit, à sa grande surprise -l’indépendance du FBI vis-à-vis de l’exécutif l’impose- une invitation à dîner à la Maison Blanche. Alors qu’il pensait à une réunion de groupe, le patron du FBI se rend compte, à sa grande surprise qu’il s’agit d’un tête-à-tête. Le repas débute dans une étrange atmosphère : Donald Trump admire le menu écrit à la main par les employés et s’en émeut à plusieurs reprises. Très vite, Comey comprend le sens de ce dîner lorsque Donald Trump lui demande : “J’ai besoin de loyauté. J’attends de la loyauté.”

Le patron du FBI se rétracte sur sa chaise. “A mes yeux, cette requête ressemblait à la cérémonie d’intronisation de ‘Sammy the Bull’ à la Cosa Nostra ; avec Trump qui me demandait si j’avais les atouts nécessaires pour devenir un ‘homme accompli’. Tout au long du dîner, l’auteur raconte un Trump enchaînant les monologues sans réelle construction. “Il a affirmé n’avoir jamais maltraité une longue liste de femmes, réexaminant chaque cas en détail (…) Il a insisté sur le fait qu’il n’avait aucunement peloté la femme assise à côté de lui dans l’avion, et l’idée qu’il ait pu agripper une actrice porno et lui proposer de l’argent pour qu’elle vienne dans sa chambre est grotesque.” Plus loin : “Spontanément, comme un nouveau virage dans la conversation, il a abordé ce qu’il appelait ‘l’histoire des douches dorées’ (…) mais il a ajouté que ça l’embêtait qu’il y ait ‘ne serait-ce qu’un pour cent de chance que sa femme, Melania, y croie'”. En fin de dîner, Donald Trump aborde une nouvelle fois la question du “besoin de loyauté” : “J’ai marqué une nouvelle pause. ‘Vous obtiendrez toujours de l’honnêteté de ma part‘, ai-je répondu. Il a marqué une pause à son tour. ‘Voilà ce que je veux : une loyauté honnête‘. Cela semblait lui convenir, comme une sorte d’accord dont nous sortions tous les deux gagnants.”

“J’espère que vous lâcherez l’affaire”

Le 14 février, Jim Comey est de retour dans le Bureau ovale, pour un briefing sur le contre-terrorisme. A la fin de l’entretien, Trump déclare : “Merci à tous. Je veux simplement parler à Jim.” Jeff Sessions et Jared Kushner tentent de rester dans la pièce mais Trump les éconduit un à un. “Je veux parler de Mike Flynn”, lâche le président une fois en tête à tête avec son directeur du FBI. Général de l’armée américaine à la retraite, Flynn avait eu plusieurs discussions avec l’ambassadeur de Russie aux États-Unis courant décembre 2016, car il souhaitait l’aide des Russes pour faire capoter la décision des Nations Unies – à laquelle le gouvernement Obama n’allait pas s’opposer – de condamner Israël pour l’expansion de ses colonies en territoire occupé.

“Le président à commencé par dire que le général Flynn n’avait rien fait de mal en discutant avec les Russes, mais qu’il avait été obligé de le laisser partir parce qu’il avait menti au vice-président. (…) Puis il a dit : ‘J’espère que vous laisserez tomber tout ça, que vous lâcherez Flynn. C’est quelqu’un de bien. J’espère que vous lâcherez l’affaire.‘ Sur le moment, j’ai compris que le président me demandait d’abandonner l’enquête sur Flynn concernant ses mensonges au sujet de ses conversations avec l’ambassadeur de Russie en décembre. (…) Imaginez la réaction des gens si Hillary Clinton, à sa place, avait demandé à parler au directeur du FBI en tête à tête pour lui demander d’abandonner l’enquête sur son conseiller à la Sécurité nationale.”

“Est-ce que ça gaze ?”

“J’allais batailler encore trois mois avec le Président Trump. Le 1er mars, je m’apprêtais à monter à bord d’un hélicoptère pour me rendre à un sommet sur les opiacés à Richmond lorsque mon assistante, Althea James, m’a appelé pour me dire que le Président voulait me parler. Je n’avais aucune idée de la raison de son appel, mais je me suis dit que ça devait être important (…) Au bout de quelques minutes, mon téléphone a sonné et l’opératrice de la Maison Blanche m’a passé le président. Celui-ci m’a dit qu’il appelait ‘juste pour voir comment j’allais.‘ J’ai répondu que je me portais bien mais que j’avais beaucoup de choses à faire. (…) Cette discussion gênante, qui a duré moins d’une minute, me semblait être encore une tentative pour se rapprocher de moi, s’assurer que j’étais un amica nostra. Sinon, pourquoi le président des États-Unis, qui devait avoir un million de choses à faire, appelait le directeur du FBI pour lui demander comment il allait ? Je suis sorti de la voiture et j’ai rejoint le directeur du DEA, en expliquant que mon retard était dû à un appel du président qui voulait savoir si ça gazait.”

Mensonges et vérités, Une loyauté à toute épreuve de James Comey, Flammarion, 379 pages, 22 euros

Quand un anthropologue tente de comprendre un crime “sans mobile”

18 April 2018 admin2632 0

“Comment cette personne dont l’humanité mais aussi la socialité et la sensibilité ne font aucun doute, peut-elle avoir commis ce crime gratuit et de manière aussi monstrueuse ?”. Cette question taraude l’anthropologue David Puaud tout au long de son livre, Un monstre humain ?. Récit d’un meurtre sans mobile et de tortures sans raison. Les juges et les médias estiment qu’il ne peut s’agir que d’un monstre pour avoir commis de telles atrocités. “ Comment au XXIe siècle peut-on suggérer qu’un crime horrible puisse être l’œuvre d’un montre humain ? ” s’interroge l’auteur.

En 2007, dans une petite ville de province a lieu un meurtre barbare. Deux jeunes ont assassiné et torturé un homme d’une quarantaine d’années, un ancien membre du groupe Les Béruriers Noirs. David Puaud est à l’époque éducateur de rue et connaît l’un des deux auteurs. Josué Ouvrard (le nom a été modifié), était l’un des jeunes qu’il a suivi dans le cadre de ses missions de prévention pendant plus de deux ans.

Au fil des pages, l’anthropologue tient à comprendre comment ce jeune a pu en arriver là. Mais sans jamais excuser ni expliquer ces actes. Il donne à voir le cadre urbain, social et familial, car c’est dans leur combinaison que se trouve la “disponibilité biographique du sujet violent”.

Un être “indésirable”

Pour les experts psychiatres entendus au procès, le meurtre s’expliquerait par les traits de personnalité pathogènes ou les événements traumatiques subis. Pourtant, d’autres facteurs devraient également être pris en compte selon David Puaud. Invité à témoigner au procès, il dépeint la trajectoire prévenu car il remarque qu’il n’a jamais été question du contexte social et économique du quartier où Josué avait vécu.

Josué est le cinquième enfant d’une fratrie de sept, ses parents sont divorcés, sa mère est alcoolique, SDF et désocialisée. Il consomme beaucoup d’alcool et montre peu d’intérêt pour l’école. Il vit dans un quartier avec une “mauvaise fréquentation” et grandit au milieu des violences familiales. Selon son éducateur de rue de l’époque, il est considéré comme inadapté par la majorité des institutions d’aides sociales locales. Josué s’est rendu compte qu’il était devenu un “ indésirable”, un “surnuméraire”, c’est à dire un “individu n’ayant aucune place assignée dans la structure sociale et dans son système de positions reconnues”.

Depuis fin 2010, l’anthropologue retrace le parcours éducatif de Josué. Il reprend ses anciennes notes écrites pendant ses missions, analyse le procès, parle avec les acteurs des services sociaux ayant accompagné Josué et sa famille. “Pas pour analyser les conditions de production de la violence criminelle d’une partie de la jeunesse issue des quartiers populaires, mais avant tout à tenter de mieux comprendre un crime resté sans mobile apparent” précise l’auteur.

Précautionneux, il insiste également sur le fait qu’il n’est pas non plus question d’expliquer que l’homicide soit lié à son histoire sociale et familiale. Son geste est le “résultat d’un processus composé de multiples éléments d’ordre psychosocial, historique, institutionnel, familial, qui en sont venus à se cristalliser dans un acte dont le mobile reste en conséquence d’autant plus flou.”

Le monstre d’aujourd’hui n’est plus lié à une difformité

Lors de la plaidoirie, David Puaud est interpellé par la “monstruosité” qui est accolée aux accusés. Une image reliée à des événements de la vie de Josué Ouvrard et de Kevin Lenôtre (nom modifié), son complice, comme pour accentuer leur amoralité et leur violence naturelle. “Pourquoi souligner avec autant de force le caractère monstrueux de ces deux criminels ? Quel rôle symbolique joue la figure du monstre dans notre société contemporaine ?”, questionne-t-il.

L’auteur rappelle qu’historiquement, la figure du monstre renvoie à l’inhumanité, c’est à dire “une chose qui présente une anormalité physique la renvoyant irrémédiablement en dehors de la communauté humaine.” Selon lui, la figure du monstre humain aujourd’hui n’est plus forcément liée à une difformité. “Le monstre contemporain est avant tout un monstre psychologique qui peut tuer sans mobile.”

Pour l’ancien éducateur de rue, l’instance de la cour d’assises participe à la fabrique sociale de la figure du monstre humain. Les jurées citoyens vont se fier à leur propre compréhension de la logique du crime, selon leur intime conviction, en fonction de leurs croyances. “La présence des citoyens indique que la justice est reliée avec le monde sensible. Elle témoigne du fait que l’actualité des représentations sociales est relative à une époque donné ”, indique l’anthropologue.

Prendre en compte la complexité du réseau relationnel et affectif

Les analyses des psychiatres renvoient le crime du côté de l’animalité en démontrant que l’accusé est dénué d’empathie, en expliquant qu’il est sensé mais qu’il a commis un acte fou. Les médias participent également à ce renforcement de la figure de monstre, en livrant les détails sanglants du meurtre. “Ces modèles identitaires véhiculés par l’image du monstre humain favorisent l’application a posteriori de types de gouvernance spécifique, la mise en place de dispositifs spécialisés pour telle ou telle catégorie de la population. La mise en scène esthétique des faits divers criminels distille des fantasmes latents et des peurs diffuses auprès du public”, précise David Puaud qui ajoute qu’en conséquence, le public demande à être protégé de ces menaces figurées.

En conclusion, l’auteur affirme que pour parvenir à comprendre comment quelqu’un en vient à commettre un acte violent, il faut prendre en compte “la complexité de son réseau relationnel et affectif, notamment à partir d’analyses interdisciplinaires”. De cette manière, il sera dès lors envisageable de “mener un travail de prévention sociale et éducative, d’envisager des stratégies de civilité, c’est à dire des pratiques de terrain mise en place par des acteurs de proximité et de favoriser ainsi une politique anti-violente”. Des mesures qui pourraient permettre de prévenir le processus de production et de reproduction de la violence.

David Puaud, Un monstre humain ?, La Découverte, 2018

Quand Malraux était éditeur

17 April 2018 admin2632 0
La Galerie Gallimard met en lumière, à partir du 19 avril, la carrière méconnue d’éditeur que mena l’écrivain et l’homme politique, André Malraux.