Staline ressuscite au cinéma

3 April 2018 admin2632 0
Deux BD – La mort de Staline et Gaston Lagaffe -, un livre culte pour la jeunesse – Pierre Lapin -, un thriller – Le moineau rouge (Red Sparrow) -, et un roman récompensé par le Man Booker Prize – Une fille qui danse (A l’heure des souvenirs) – sont adaptés au cinéma et sortent dans les salles ce 4 avril en France.

Un pamphlet dénonce la radicalisation de certains éditorialistes français

3 April 2018 admin2632 0

“L’éditocratie, en neuf ans, ne s’est que peu renouvelée. La plupart des excellences portraiturées dans ce volume y exercent leur magistère depuis de longues décennies : elles auraient tout aussi bien pu figurer dans le tome précédent”, souligne le journaliste Sébastien Fontenelle dans le livre collectif Les éditocrates 2 – Le cauchemar continue, qui succède au premier volume paru en 2009. Qu’il s’agisse de Brice Couturier, Jacques Julliard, Franz-Olivier Giesbert, Jean Quatremer, Arnaud Leparmentier, Plantu, Eric Zemmour, Natacha Polony, Valérie Toranian ou encore Elisabeth Levy (qui ont donc droit à leur portrait au vitriol dans ce nouvel opus), tous sont en effet des vétérans de la chronique mondaine.

“La confection d’une anxiété antimusulmane permanente”

Tels qu’ils sont définis par les auteurs de ce livre pamphlétaire – Fontenelle, donc, mais aussi Mona Chollet, Laurence De Cock et Olivier Cyran –, les éditocrates forment une “caste” de professionnels du commentaire unis par leur relatif unanimisme idéologique (allégeance au marché, haine des pauvres et chauvinisme qui vire parfois à la xénophobie), leur don d’ubiquité médiatique, le sentiment qu’ils ont de briser des tabous et, enfin, leur participation zélée à la fabrique du consentement. En près de dix ans, ces témoins et accompagnateurs des crispations identitaires françaises ont cependant renforcé une de leurs caractéristiques, soutient Sébastien Fontenelle : “S’ils se sont, à l’évidence, plus largement radicalisés, et rencognés dans des positions toujours plus conservatrices – ou réactionnaires -, c’est la stigmatisation de l’islam qui unifie et uniformise vraiment la plupart des éditocrates. C’est dans la confection d’une anxiété antimusulmane permanente qu’ils communient le plus complètement”.

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Certes, ils continuent à faire bloc à chaque fois que surgit un mouvement social contre les politiques néolibérales. D’aucuns pestent alors contre cette “France des passions tristes”, “dernière nation communiste de la planète” (FOG), d’autres infantilisent le peuple qui manifeste, “corps psychotique en proie aux peurs collectives et aux fantasmes” (Julliard), et d’autres encore moquent le Code du travail que défendent les grévistes, cet “empilement extravagant qui terrorise les petits patrons et jusqu’aux DRH les plus chevronnés” (Brice Couturier). Mais c’est sur le terrain identitaire que leur combat s’est redéployé avec une énergie renouvelée, notamment après les attentats terroristes survenus ces dernières années en Europe de l’ouest. Les couvertures de magazines consacrées à l’islam sur un ton anxiogène sont le reflet et le prolongement de cette “lepénisation des esprits” : “La république face à l’islam” (L’Express, 2015), “La gauche face à l’islam : le ‘j’accuse’ de Gilles Kepel” (L’Obs, 2016), “Au coin de la rue, la Charia” (Causeur, 2017)…

Feu sur l’“islamo-gauchisme” et la “bien-pensance”

Par ricochet, une lutte idéologique d’une violence verbale inouïe fait rage entre les nouveaux réac’ et ceux qu’ils ont labellisés comme “islamo-gauchistes”, ce nouveau “parti collabo” selon Jacques Julliard. Pour les nuances, on repassera plus tard. Émettre des doutes sur les amalgames qu’ils pratiquent entre islam et jihadisme, ou sur le féminisme à géométrie variable de certains (plus prompts à défendre les droits des femmes quand il s’agit de fustiger des étrangers et des musulmans que quand l’affaire Weinstein éclate), conduit immanquablement à être taxé de “bien-pensance”. Un terme qui désigne, selon les auteurs (qui sont loin d’être neutres dans cette affaire), “quiconque s’émeut de cette constante stigmatisation” de l’islam.

Sur France Culture, Brice Couturier s’est indigné le 25 mars 2016 de cette coalition d’islamolâtres : “Le parti des médias, appuyé par certains départements de sciences humaines, nous a longtemps interdit de mettre des mots sur ce que chacun pouvait voir. Toute allusion critique aux manifestations les plus rétrogrades de bigoterie islamique était aussitôt qualifiée de raciste”. Ironiquement, l’ancien maoïste désormais en lutte contre la tyrannie du “politiquement correct” utilise les mêmes mots que la gauche radicale, qui a récemment décoché quelques flèches à destination du “parti médiatique”. Sébastien Fontenelle y voit la démonstration du “constant renversement de la réalité” dont les éditocrates sont capables. Mais n’est-ce pas plus largement un grand classique du journalisme d’opinion, quelle qu’en soit la tendance, de jouer le “seul contre tous” ?

C’est sans doute un angle mort de cet ouvrage, qui aurait gagné à donner la parole à ses contradicteurs (même s’ils l’ont déjà beaucoup). En souhaitant pointer du doigt le manque de pluralisme des idées dans les médias, il omet de le mesurer réellement en se focalisant sur des squatteurs de micros dont il surestime peut-être l’influence.

Les éditocrates 2 – Le cauchemar continue, de Sébastien Fontenelle, avec Mona Chollet, Laurence De Cock, Olivier Cyran, éd. La Découverte, 159p., 14,50€ (sortie le 5 avril)

Comment la promotion d’Emmanuel Macron à l’ENA s’est emparée du pouvoir en France

3 April 2018 admin2632 0

Quels sont les trois points communs entre Emmanuel Macron, Boris Vallaud, Gaspard Gantzer, Mathias Vicherat (le numéro 2 de la SNCF) ou Amélie Verdier (directrice du budget de l’APHP) ? Ils ont à peine 40 ans, occupent ou ont occupés des postes parmi les plus prestigieux de la République française et, surtout, ont fait partie de la même promotion au sein de l’École nationale de l’administration et son célèbre acronyme, l’”ENA”.

“Chaque Français déteste les énarques tout en souhaitant que ses enfants le deviennent”

Depuis sa création en 1945, au lendemain de la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour démocratiser l’accès à la haute fonction publique, l’ENA n’a eu de cesse d’alimenter “les fantasmes et les rancœurs, s’offrant comme foyer de fascination aussi bien que comme cible privilégiée des critiques”, écrit Mathieu Larnaudie. Un sentiment résumé par le journaliste Michel Schifres : “Chaque Français déteste les énarques tout en souhaitant que ses enfants le deviennent.” Dans son livre, Les jeunes gens, enquête sur la promotion Senghor de l’ENA, l’écrivain tente de comprendre comment ces têtes bien faites (Amélie Verdier serait par exemple “capable de mener plusieurs opérations mentales simultanées”), ces personnes qui “donnent l’impression de toujours penser à la phrase d’après”, s’impose naturellement à la tête des institutions républicaines. “La proximité générationnelle a-t-elle une incidence réelle sur les réseaux auxquels ils appartiennent, sur les fonctions qu’ils occupent, sur les institutions qui les recrutent et, in fine, sur la marche du pays ?, s’interroge l’auteur faussement crédule. Ou bien cet effet prétendu n’est-il qu’une reconstruction artificielle a posteriori, une manière de fabriquer, justement, une petite mythologie à bon compte – une vue de l’esprit ?”

Comme le précise Larnaudie : “Plus qu’une école, l’ENA est le conservatoire de notre noblesse d’Etat.” Au fil des pages, l’auteur prend un plaisir non dissimulé à dévoiler l’histoire personnelle de plusieurs de ses membres, pour confirmer cette assertion. Marguerite Bérard-Andrieu, major de la promo, est elle-même la fille de deux énarques et mariée à un camarade de promo (Thomas Andrieu). Ce dernier est lui-aussi fils d’un énarque devenu préfet. Amélie Oudéa-Castera a elle épousé un autre énarque, Frédéric Oudéa (promo Fernand Baudel, 1985-1987). Amélie Verdier, fille d’énarque a elle aussi épousé un énarque. Quant à Sébastien Veil, il porte en lui cet héritage : ses deux grands-pères sont énarques et l’une de ses grands-mères à donné son nom à une promotion (Simone Veil 2004 – 2006).

“Je pense que je vais être ministre, veux-tu être mon dircab ?”

Plus qu’une scolarité, le passage à l’ENA est un sésame. Lucide, Rami Adwan, le nouvel ambassadeur du Liban en France, lui aussi de la promo Senghor explique que “la vraie formation de l’ENA réside plus dans l’état d’esprit qu’elle insuffle à ses titulaires, dans les portes qu’elle leur ouvre, que dans les connaissances qu’elle leur apporte.” L’auteur abonde, sans cynisme : “On a le sentiment que tout est fait pour leur permettre de se rencontrer, de poser les premiers jalons d’amitiés et d’intérêts utiles à leur future carrière, plutôt que pour encombrer ces têtes déjà bien remplies d’un bachotage superflu.” Sans cynisme non plus, Étienne Grass reconnaît que l’ENA “[lui a] fait gagner quinze ans de carrière.” Camarade de Boris Vallaud au sein de la promo Senghor, il raconte sans ombrage comment la femme de ce dernier l’appelle un jour de mai 2012 : “Je pense que je vais être ministre, veux-tu être mon dircab ?”

Si l’on n’apprend pas grand chose sur Emmanuel Macron, tête de gondole de la promo Senghor, mis à part qu’il a une “excellente connaissance du répertoire de la chanson française”, qu’”il peut tout faire” car “il est bon partout” et, qu’en plus, “il a énormément d’humour” tout en étant doté “d’une sorte d’empathie naturelle”, ce livre mérite lecture. Mathieu Larnaudie ne tombe dans aucun piège : ni celui de l’admiration ni celui du rejet de ces pschutteux. Comme il le résume en épilogue : “Mener une enquête parmi les membres d’une promotion de l’ENA revient à naviguer au milieu des signes, et se sentir pris dans une sorte de grand jeu d’échecs verbal dont les joueurs s’affrontent à travers vous. Les informations qu’ils distillent, les amitiés qu’ils mettent en avant, les inimitiés qu’ils taisent ou laissent sous-entendre, tout concourt à vous donner l’impression d’être le témoins de plans tactiques qui vous dépassent.”

Mathieu Larnaudie, Les jeunes gens, enquête sur la promotion Senghor de l’ENA, Grasset, 2018.